Être casanier, est-ce un problème ?

Depuis le plus longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours fait partie des gens un peu casanier. J’aime bien rester chez moi, dans mon lit, dans mes draps. J’apprécie de passer des journées entières, comme un lion dans ma tanière. Dans mon petit chez moi, il n’y fait pas froid. J’y suis bien, j’y suis posée, je n’ai pas envie d’en bouger.

En effet, je fais partie des gens qui peuvent rester des journées entières chez soi, enfermé, sans bouger et sans jamais m’ennuyer. J’adore faire des activités : lire, écrire, apprendre, travailler, méditer, chanter, danser, me reposer, etc. Si c’est dans mon petit intérieur, mon bonheur est encore meilleur.

En réalité, j’aime bien vivre comme ça, dans une forme de simplicité, d’authenticité. Je n’ai pas besoin d’absolument sortir, me divertir ou m’occuper, je suis bien avec moi et ça me va. Pourtant, j’ai mis très longtemps à comprendre et surtout, à accepter ce trait de caractère chez moi. J’ai toujours voulu faire “plus”, organisé, contrôlé. Pendant des années, je me suis étouffé.

Dans la société d’aujourd’hui, “rien faire” n’est plus permis. Il faut toujours travailler, avoir des activités, sortir, en bref, s’occuper. Un peu malgré nous, on rentre à notre tour dans cette spirale de la productivité, de l’efficacité. On travaille pour avoir plus d’argent, argent dont n’on pas le temps de profiter. On fait des activités pour prouver qu’on est actif, on sort, pour montrer qu’on a des amis, qu’on est sociable, qu’on a une vie.

“De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible. De là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c’est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois de ce qu’on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toutes sortes de plaisirs.” Les Pensées de Blaise Pascal

Ainsi, on se force à sortir, à faire des activités, à faire semblant que cela nous plaît. Avec le temps, on finit par s’y habituer et peut-être même, à aimer. Pourtant, on fond de nous, on le sait, on est toujours un grand casanier.

Alors, pour résister, pour ne pas tout lâcher, on continue à se mentir au fond de soi, on ne veut pas baisser les bras. On s’invente des objectifs, des to-do lists, pour prouver qu’on est occupé, pour ne pas culpabiliser de ne pas travailler, de ne pas faire des activités.

J’ai réellement pu remarquer cela dans mon fonctionnement, durant ce voyage en Asie. Pendant le premier mois et demi, je n’ai pas cessé de bouger, de courir d’une ville à l’autre, de visiter, en gros, de m’occuper. J’étais complètement terrifié par l’idée de ne rien faire, de ne pas bouger, de ne pas assez profiter. Le problème, c’est qu’à force de me mettre cette pression du temps, j’ai commencé à fatiguer, à me lasser. Je n’avais plus qu’une envie, enfin me poser.

“Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.” Les Pensées de Blaise Pascal

C’est à ce moment-là, que j’ai réalisé qu’être casanier était dans mon caractère. Certaines personnes adorent être tout le temps en mouvement, tout le temps dans l’agitation, dans l’animation. Mais moi, j’ai besoin de mes moments, j’ai besoin de me poser, de me relaxer, de me cocooner. C’est peut-être bête à dire, mais je n’aime pas me sentir secoué, stressé, déboussolé.

Bien sûr, j’apprécie les moments de partage, d’échange, être entouré, rigoler, discuter. J’adore rencontrer des nouvelles personnes, bouger et faire plein d’activités. Mais au bout d’un moment, j’ai besoin de déconnecter, de me retrouver, de pouvoir à nouveau me recentrer.

En voyageant le plus souvent avec des gens et en en rencontrant énormément, j’ai encore plus pu m’apercevoir de toute l’énergie que cela demande, de toujours communiquer, de toujours devoir parler. Et encore plus, quand ce n’est pas dans ta langue natale et que ça te demande un effort de concentration plus important. Toujours s’adapter à un nouveau lieu, à des nouveaux gens, à entamer des nouvelles conversations et à répondre à plein de questions. J’ai fini par me sentir dépassé et complètement étouffé, j’avais besoin de retrouver un peu de tranquillité.

Après avoir passé quelques jours à me recentrer sur moi-même et sur mes activités, j’ai décidé de revenir à Ayutthaya, dans cette ville où je me sens comme chez moi. J’y ai retrouvé Linjong et ma petite famille de coeur, que j’ai rencontré ici. En vivant avec eux, j’ai pu observer leur mode de vie et j’en ai été plus que surpris. Ces femmes ne s’arrêtent jamais, toujours en extérieur, à participer à des activités, à travailler, à se donner. J’admire beaucoup leur ténacité, dans cette vie d’activités. Elles ne se posent jamais et ne dorment franchement pas assez, mais pourtant, elles sont heureuses de toujours bouger.

Pendant un temps, j’ai suivi le rythme, j’ai essayé de les imiter, afin de comprendre leur manière de fonctionner. Être toujours dehors, à courir partout, à en faire un maximum, pour ne pas s’arrêter, pour ne pas sortir de cette bulle de productivité. Mais honnêtement, au bout d’un moment, ça m’a soulé, j’étais vidé, j’avais besoin d’à nouveau me retrouver.

Petit à petit, je comprends de plus en plus ce qui me convient, ce qui fait que je me sens bien. Personnellement, être casanière me permet de me recentrer sur moi-même, sur mes projets, sur mes pensées, sur mes idées. L’agitation du monde extérieur, empêche mon esprit de se canaliser, de se ressourcer. J’ai besoin de me retrouver dans mon petit “chez moi”, dans mon monde, dans mon univers, afin de pouvoir à nouveau respirer, rêver, créer, imaginer.

“Ainsi s’écoule toute la vie, on cherche le repos en combattant quelques obstacles. Et si on les a surmontés, le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte.” Les Pensées de Blaise Pascal

Quand je suis avec des gens, j’ai besoin de parler, de partager, d’échanger, de discuter. Je ne sais pas me taire, on me l’a assez reproché ;). Par conséquent, pour moi, être casanière, ce n’est pas être associable ou renfermé. Bien au contraire, c’est apprendre à passer du temps avec soi-même, à s’occuper de soi, à faire ce qu’il nous plaît, à se ressourcer. Ainsi, quand nous sommes ensuite accompagnés, on est plus en paix avec nous-même, on peut encore plus partager, on apprécie d’autant plus les activités.

J’ai longtemps voulu refouler ce côté casanier, parce que c’est socialement mal accepté. Pour la plupart des gens, rester chez soi, c’est s’ennuyer, se renfermer et ne plus exister. Nous ne sommes pas en train de travailler, ou de nous socialiser, alors qu’est-ce qu’on fait ? Rien ? Bien sûr que non, on prend du temps pour soi, pour faire d’autres activités, pour libérer notre créativité, pour nous éclater.

Être chez moi, j’aime ça ! J’aime pouvoir rester en pyjama, ne pas me préparer, boire du thé, chanter, danser, rigoler, m’’évader. Je pourrais rester des jours entiers, sans sortir, juste à lire, à écrire, à penser, à créer, à imaginer, à rêver, à m’extasier. Parce que l’extraordinaire, je le trouve dans l’ordinaire, toutes les petites choses, deviennent d’une beauté à contempler. J’aime me cuisiner du riz, me poser dans mon lit, siroter un bon thé et regarder les gouttes de pluie tombées. J’aime passer des heures, envelopper dans un doux plaide, à lire un bon pavé, à ne plus rien penser. J’aime passer du temps à glander, à méditer, à me chouchouter, à ne pas stresser, sans avoir besoin de me justifier.

“Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc.” Les Pensées de Blaise Pascal

J’aime tous les petits moments de la vie, que je les vive seule ou en bonne compagnie, je suis épanouie. J’ai décidé de finir par accepter d’être casanière, parce que ça me fait du bien, parce que j’en ai envie, parce que c’est un besoin. Cela m’est nécessaire, alors à quoi bon vouloir trop en faire. Parfois j’ai envie de sortir, de voir des gens, de m’occuper, de passer du bon temps. Et puis parfois, les gens me stressent, ils m’oppressent, j’ai pas envie de parler, de partager, j’ai envie de me retrouver.

“Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n’est en effet que dans le repos et non pas dans le tumulte.” Les Pensées de Blaise Pascal

Alors, dans ces moments-là, j’ai décidé d’arrêter de me culpabiliser, de ne pas bouger et de profiter de l’instant présent, des petits choses qui font mon bonheur et soulage mes peurs. Parfois, rester chez-nous, nous permet de nous protéger du monde extérieur, de rentrer dans notre petite bulle, de nous retrouver, de nous ressourcer. Y a-t-il quelque chose de mal à vouloir se déconnecter ? À vouloir décrocher de la réalité ? Personnellement, j’ai décidé de l’accepter et de ne plus m’en soucier.

J’ai décidé d’argumenter cette article avec quelques citations du philosophe Blaise Pascal, tirées des Pensées, chapitre sur le divertissement. Ce sont des passages que j’ai trouvé particulièrement justes et qui ont sus résonner en moi, j’espère que vous saurez vous aussi les apprécier…

Et toi, tu en penses quoi d’être casanier ?

Kiss <3

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